RÉSONANCES

Benoit Pavan, journaliste

« Vill9 », au cœur de la cité

TÉLÉVISION - À Grenoble, les habitants du quartier de la Villeneuve, secoué par des émeutes en 2010, participent à la réalisation d’une série télé. À contre-pied de l’imagerie « trash » qui colle aux banlieues, ce polar soutenu par France Télévisions revendique une narration et une esthétique inspirée du cinéma.

Grenoble, correspondant.

Voici près de deux heures qu’un silence studieux s’est emparé des couloirs du petit Théâtre Prémol, à la Villeneuve. Cet après-midi-là, les prises s’enchaînent à un rythme soutenu pour Sofia. « Action ! ». Son visage est grave et le ton solennel. Le « très préoccupé » maire de Grenoble qu’elle incarne s’adresse à la population après l’apparition d’une épidémie foudroyante au sein de cette zone sensible du sud de la ville. Debout face aux gradins parsemés de figurants, les bras vissés sur un pupitre, la jeune femme répète inlassablement son texte dans un simple décor de projecteurs. Devant l’objectif de plusieurs caméras en mouvement.

Détail peu banal de ce qui peut apparaître comme une scène ordinaire du quotidien d’une production télévisuelle : Sofia n’est pas une comédienne professionnelle. Pas plus, d’ailleurs, que les soixante-dix autres habitants de la Villeneuve qui constituent exclusivement le casting de «Vill9 ». Cette série télévisée, entre polar et anticipation, a été imaginée par une équipe de jeunes vidéastes issus d’horizons divers, désignée par la municipalité de Grenoble à l’automne 2010 pour bâtir un projet audiovisuel participatif. Objectif : fédérer les 13.000 âmes qui peuplent cet immense puzzle d’immeubles avant le coup d’envoi prochain d’un renouvellement urbain d’envergure.

Officialisé en février dernier, le projet s’est épaissi peu à peu grâce à l’implication des habitants, et le scénario de la série s’est aiguisé, puis figé au contact de leurs anecdotes. La Villeneuve, un quartier au visage paradoxal, bouillonnant de vitalité mais rongé par la précarité, que trois nuits de violents affrontements entre des jeunes et la police, consécutives à la mort d’un jeune braqueur, avaient secoué en juillet 2010.

Amorcé au cœur de l’été, le tournage du premier des huit épisodes qui composeront cette fiction s’est achevé fin septembre. Un espace-temps de production relativement long, étalé entre l’anniversaire des émeutes et la période du ramadan, mais qu’il a été nécessaire d’aménager afin d’adapter le calendrier du tournage aux impératifs professionnels des habitants. La postproduction du pilote a débuté dans la foulée dans les locaux de France 3 Nancy, avec l’appui financier de France Télévisions. Elle doit prendre fin le 16 décembre prochain.

À l’aune des émeutes de 2010, « Vill9 » a très vite suscité l’appétit de plusieurs sociétés de production, qui se sont empressées de toquer à la porte de l’appartement mis à la disposition de l’équipe de la série dans le quartier par la municipalité. Mais cette dernière est restée sourde à leurs sirènes, préférant garder la mainmise sur son projet. «Vill9 en dit beaucoup plus que tous les discours figés sur les ghettos, explique Benoît Charpentier, membre de la cellule recherche & développement de France Télévisions, avec qui l’équipe de la série a conclu un partenariat d’accompagnement. Pour l’heure, c’est un parrainage très bienveillant. France Télévisions prend financièrement en charge la postproduction. Nous n’avons pas mis le nez dans le scénario, mais simplement effectué une ou deux séances de travail avec eux, en amont du tournage, pour leur donner des tuyaux techniques. L’idée, c’est, à terme, de développer le projet et de diffuser l’intégralité de la série. »

« C’est un lieu de vie idyllique, qui ne transpire pas toute cette mythologie du ghetto sale et malfamé. » – Bram Goots, chef opérateur.

Fin des prises. Sofia reprend son souffle. « Le plus compliqué n’a pas été d’apprendre mon texte, mais de trouver le bon ton à employer. Au départ, j’étais un peu trop agressive », confie cette mère de famille de 37 ans, habitante du quartier depuis 1989 et qui, d’ordinaire, se lève chaque matin pour rejoindre les bureaux d’un service municipal. Comme elle, la plupart des autres habitants impliqués n’ont pas hésité lorsque l’opportunité de jouer dans la série s’est présentée. Enthousiastes à l’idée de « changer l’image du quartier » et de figer, le temps d’un été, un quotidien parfois difficile.

Le chemin vers le tournage fut long et parfois abrupt pour l’équipe de la série. Il lui fallut dans un premier temps se faire une place au sein d’une communauté où chaque nouveau visage est scruté, puis banaliser la présence de la caméra auprès d’habitants marqués par le traitement médiatique des heurts de l’été 2010. Enfin, gérer un casting constitué d’amateurs et des ateliers de répétition. « Il était très important que les habitants soient à l’aise dans leur costume d’acteur et cela a pris du temps », reconnaît Naïm Aït-Sidhoum, le coordinateur du projet.

Au fil des mois sont également apparues les limites d’un budget serré, pourtant regonflé par le concours de dernière minute du Centre National de Cinématographie (CNC). Un obstacle que l’équipe a surmonté grâce à un peu de débrouille. Ainsi, les costumes furent principalement dénichés dans la garde-robe des habitants. La bande-son fut quant à elle captée en haute définition grâce à un système bricolé avec cinq micros. « On voulait que le quartier soit vivant et jouer sur les rapports de plans sonores », explique Sacha, l’ingénieur du son.

Les premières images laissent entrevoir un parti pris esthétique loin du film de banlieues tourné caméra à l’épaule. « Vill9 » est filmée à contre-pied des documentaires « trash » sur les ghettos, à la manière d’un polar qui puise sa narration dans le septième art. Très vite, lors des repérages, le rapport au réel de cette fiction s’est posé. Aussi, l’équipe s’est employée visuellement à jouer avec les lignes de fuite du quartier et son répertoire d’émotions. « C’est un lieu de vie idyllique, qui ne transpire pas toute cette mythologie du ghetto sale et malfamé. Ce qui contraste l’histoire, qui fonctionne sur des mystères », précise Bram Goots, l’un des chefs opérateurs.

Côté ambiance et scénario, ni rap, ni baskets, ni casquettes, ni pulls à capuche, mais une épidémie, des rumeurs, un enlèvement, et les liens d’une famille modeste tiraillée au cœur d’un tourbillon d’histoires qui s’entrechoquent. Il y a notamment Nabil, le père, qui fréquente les bars, et son fils aîné, étudiant débrouillard qui « fait du business » tout en veillant sur sa fratrie, dont un jeune frère féru de football, repéré par des mystérieux Qataris.

« Vill9 » s’articule autour d’un récit choral bâti de toutes pièces au sein duquel les habitants n’interprètent pas leur propre rôle. Au fil du temps, certaines scènes ont été ajustées pour coller à leur personnalité. « Il existe déjà beaucoup de représentations dans le quartier. Les habitants y jouent déjà un rôle. Du coup, il n’a parfois pas fallu grand chose pour qu’il s’approprient l’histoire de leur personnage », explique Guillaume Ballandras, le réalisateur.

Benoit Pavan

(Photo : Vill9lasérie).

Légende photo : Les immeubles du quartier de la Villeneuve, au sud de Grenoble, décor naturel du projet « Vill9 ». 13.000 personnes habitent aujourd’hui ces logements bâtis à la fin des années 1960. Tous les acteurs de la série sont issus de la Villeneuve.

Publié dans le supplément « Télévisions » de l’édition du 27 et 28 novembre 2011 du quotidien Le Monde.

L’article en PDF : Banlieue sans clichés / « Vill9 », au cœur de la cité

Publié le 30 novembre 2011 sur le site web du quotidien Le Monde.

Lien web : http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2011/11/30/vill9-une-serie-tele-au-coeur-de-la-cite_1609670_3236.html

Le mari de Jeannie Longo nie avoir importé de l’EPO

JUSTICE – La garde à vue de Patrice Ciprelli, époux et entraîneur de la championne cycliste, a été prolongée jeudi 9 février. Il est interrogé suite l’ouverture d’une enquête préliminaire pour présomption d’achat de produit dopant.

Grenoble, correspondant.

C’est un rebondissement significatif dans une affaire dont les soubresauts successifs n’ont cessé, depuis la fin de l’été, de susciter les interrogations au sujet du couple le plus singulier du cyclisme hexagonal, Jeannie Longo et Patrice Ciprelli.

L’entraîneur et époux de l’indétrônable championne cycliste, âgée de 53 ans, a été placé en garde à vue mercredi 8 février afin d’être interrogé dans le cadre d’une enquête préliminaire diligentée par les gendarmes de l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (OCLAESP). Celle-ci avait été ouverte par le parquet de Grenoble le 14 septembre 2011 suite à la révélation, un jour plus tôt dans la presse, de l’importation présumée par l’intéressé d’un produit dopant via internet, en 2007.

Dévoilés ce mercredi – par le quotidien sportif L’Équipe sur son site web -, les premiers éléments issus des investigations menées par l’Oclaesp pour vérifier l’existence de la transaction et l’identité de ses protagonistes attesteraient également d’« au moins cinq [autres] opérations suspectes » survenues entre 2010 et 2011. Des factures « de 500 euros environs » correspondant à deux d’entre-elles auraient permis aux gendarmes d’identifier un compte bancaire appartenant à M. Ciprelli, de même que l’objet précis des transactions, de l’EPO première génération. Selon ses avocats, Patrice Ciprelli a contesté les faits qui lui sont reprochés devant les enquêteurs, s’estimant « victime d’un piratage informatique et de prélèvements frauduleux sur sa carte bancaire », a précisé au Monde Me Bruno Ravaz.

L’un des plus proches amis de Patrice Ciprelli, le patron grenoblois de l’équipe de France de ski cross Michel Lucatelli, a également été interpellé ce 8 février tandis que des perquisitions étaient menées au domicile du couple, situé à Saint-Martin-le-Vinoux (Isère), sur les hauteurs de Grenoble. La garde à vue des deux hommes a été prolongée de vingt-quatre heures supplémentaires mercredi soir. Leur audition était toujours en cours ce jeudi matin.

« [Ils] sont entendus sur des faits de contrebande de marchandises dangereuses pour la santé, infraction aux règlements sur le commerce de substances vénéneuses, [et] importation de substances ou de procédés interdits aux fins d’usage par un sportif sans justification médicale », a précisé dans un communiqué Jean-Yves Coquillat, le procureur de la République de Grenoble. « M. Ciprelli avait demandé à être entendu lorsque l’enquête a débuté, mais son audition n’a jamais eu lieu. Cette mesure de garde-à-vue est excessive et théâtrale », a commenté Me Ravaz.

« Combative ».

Suspendu à titre conservatoire le 13 septembre par la Fédération Française de Cyclisme (FFC), Patrice Ciprelli avait récupéré sa licence d’entraîneur un peu plus d’un mois après, le 26 octobre, suite au dépôt par ses avocats d’un référé devant le tribunal administratif de Grenoble. Dans un communiqué, le Ministre des Sports David Douillet «  a pris acte de ces interpellations » et a assuré que « des mesures conservatoires appropriées » seraient prises « si les faits sont confirmés par la procédure en cours ». De son côté, l’Union cycliste internationale (UCI) a fait part de son intention « d’intervenir dans le dossier ».

À cinq mois de l’ouverture des Jeux Olympiques de Londres, ce nouvel épisode judiciaire pose la question de la participation à l’épreuve de Jeannie Longo, qu’aucun élément ne permet à ce jour de mêler à l’affaire. Présente lors de l’interpellation de son conjoint à leur appartement de l’Alpe d’Huez (Isère), Mme Longo, « affectée mais combative », selon ses avocats, a été longuement auditionnée, mercredi, en tant que témoin volontaire. Suspectée d’avoir enfreint à trois reprises au cours des dix-huit dernier mois les règles de localisation de l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD), elle avait été blanchie le 15 décembre dernier.

Benoit Pavan

(Photo : Jean-Pierre Clatot / AFP).

Légende photo : Jeannie Longo et son mari, Patrice Ciprelli, le 27 octobre 2011 lors de Six jours cyclistes de Grenoble.

Publié dans l’édition du 10 février 2012 du quotidien Le Monde.

L’article en PDF : Le mari de Jeannie Longo nie avoir importé de l’EPO

Publié le 9 février 2012 sur le site web du quotidien Le Monde.

Lien web : http://www.lemonde.fr/sport/article/2012/02/09/le-mari-de-jeannie-longo-nie-avoir-importe-de-l-epo_1641144_3242.html