Photowatt, symbole des déboires de l’industrie solaire française

by Benoit Pavan

PLANÈTE – Le concepteur et fabricant de panneaux photovoltaïques tente de survivre au sein d’une filière hexagonale à la recherche d’un second souffle.

Bourgoin-Jallieu (Isère), envoyé spécial.

Le temps s’est arrêté il y a deux semaines pour les 441 salariés de Photowatt, pionnier français de l’énergie solaire créé en 1979 à Caen, et installé depuis 1990 à Bourgoin-Jallieu (Isère). Mardi 8 novembre, le tribunal de commerce de Vienne (Isère) a placé en redressement judiciaire le concepteur et fabricant français de panneaux photovoltaïques, filiale du groupe canadien ATS. Photowatt a six mois pour trouver un repreneur. « Des sociétés étrangères et françaises ont manifesté leur intérêt », affirme Vincent Bès, le directeur général.

Le dépôt de bilan de Photowatt a été précédé, le 26 octobre, par la mise en place de mesures de chômage technique partiel. Le fabricant fonctionne aujourd’hui au tiers de sa capacité de production. Dans les ateliers de confection des cellules photovoltaïques où s’activent normalement près de 300 opérateurs, seuls les ronrons des fours qui servent à cristalliser le silicium brisent le silence.

La salle blanche de l’unité de recherche PV Alliance, créée en 2007 en partenariat avec le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et EDF-EnR, est la seule à ne pas fonctionner au ralenti. Le 18 novembre, une poignée d’ingénieurs s’affairent à proximité des chaînes afin de « doper » les cellules à l’aide d’une pâte d’aluminium qui transformera, une fois les panneaux installés sur les toits, les rayons du soleil en courant électrique.

« Nos carnets de commande sont vides » – Robert Dufour, secrétaire adjoint du comité d’entreprise de Photowatt.

Avant que les ateliers de Photowatt ne tournent au ralenti, près de 70 000 cellules photovoltaïques y étaient produites chaque jour. En 2010, l’entreprise a réalisé 159 millions d’euros de chiffre d’affaires, tentant de rester à flot « dans un marché français noyé sous les panneaux chinois », explique Martine Rey, déléguée CFDT. Début 2011, Photowatt avait supprimé 119 emplois. En juillet, la direction a aussi transféré à un sous-traitant chinois l’activité d’assemblage des modules solaires.

L’entreprise reste la seule en France à maîtriser l’ensemble de la chaîne de fabrication du panneau solaire. « Dans un contexte de surproduction mondiale où il est primordial de s’adapter rapidement aux nouveaux procédés, c’est précieux », analyse Thierry Galvez, le directeur industriel de la société. La direction de Photowatt porte un regard lucide sur les raisons qui ont conduit l’entreprise au dépôt de bilan. « Dès 2006, nous avons compris que la partie serait très difficile. Aujourd’hui, les panneaux solaires se vendent en Europe mais se produisent en Asie », explique M. Bès. « La seule manière de survivre, c’est de proposer un produit différencié, ajoute-il. Il nous faut avoir une technologie d’avance. »

Pour expliquer la situation, syndicats et salariés pointent, quant à eux, le moratoire des aides publiques à la filière, décidé en décembre 2010 par le gouvernement. « Il nous a plombés. Avec les nouvelles normes qui ont suivi, tous les tarifs ont été chamboulés. Sa mise en place fait que, aujourd’hui encore, nos carnets de commande sont vides », peste Robert Dufour, secrétaire adjoint du comité d’entreprise.

« Dans l’esprit des particuliers, le moratoire a eu un impact énorme. Ils se sont dit : le photovoltaïque, ce n’est plus rentable », ajoute Alexia Chappond, qui dirige les chantiers d’installation des panneaux solaires chez les clients. Avec une dizaine d’autres salariés, cette employée a créé au sein de Photowatt un collectif de défense et de promotion de la filière photovoltaïque baptisé « Superwatt ». Ils réclament notamment l’installation de normes sur les tarifs de rachat de l’énergie solaire et un label européen.

Benoit Pavan

(Photo : Xu Ruiping).

Légende photo : Un salarié chinois vérifie des cellules photovoltaïques à Nantong (Jiangsu).

Publié dans l’édition du 24 novembre 2011 du quotidien Le Monde.

L’article en PDF : Photowatt, symbole des déboires de la filière solaire française