Des balles jaunes pour les petits tombés du Nid


ÉDUCATION - À Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs, le Tennis club mandrinois accueille des pensionnaires d’une maison d’enfants à caractère social.

Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs (Isère), envoyé spécial.

Dans son pantalon treillis et son pull beige, il paraît à peine plus épais que sa raquette. Mais sur le court, sa manière de bondir à hauteur de la balle avant de la frapper le démarque discrètement de ses partenaires d’entraînement. En cette fin d’après-midi de mars, Théo, 9 ans, est d’humeur plutôt bougonne. Depuis plusieurs minutes, le jeune garçon s’agace de constater qu’aucun des revers qu’il décoche ne parvient à passer le filet. « C’est un coup que j’aime bien, mais je ne le maîtrise pas. Enfin, pas encore, rectifie cette petite tignasse blonde qui affiche d’ordinaire un sourire espiègle. Je dois m’entraîner, voilà tout. »

Aux dires de Thibault Louis-Gavet, son moniteur, Théo est aujourd’hui « parfaitement intégré » au sein du Tennis club mandrinois (TCM), dont il suit les entraînements avec entrain. Six mois seulement après ses débuts timides au contact des autres enfants de ce club de tennis créé il y a trente-cinq ans à Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs (Isère), petite commune de 2700 âmes située à 40 km au nord-ouest de Grenoble. « Théo est en réussite et on sent qu’il s’épanouit bien », estime son coach. Un pas en avant considérable pour ce garçonnet effacé, qu’un contexte familial difficile a propulsé il y a près de deux ans sous la responsabilité des éducateurs du Nid. Cette maison d’enfants à caractère social (MECS) est située à quelques encablures des courts du TCM, et le club a noué avec elle un partenariat étroit.

Il y a sept ans, lorsque Michel Amat, le coprésident actuel du TCM, reprend les rênes du club, celui-ci ne compte guère qu’une poignée d’adhérents qui évoluent en vase clos. Ce grand gaillard à l’accent du Sud-Ouest décide alors d’élargir le champ d’action du TCM et de le sortir de « son cercle restreint de partenaires financiers ». Un cycle de découverte du tennis piloté par les 14 bénévoles du club est initié au sein des écoles de la commune. Et la démarche porte peu à peu ses fruits. Les compétitions reprennent et les membres affluent. À l’été 2010, le TC mandrinois se tourne vers la direction du Nid. Depuis, le club propose chaque semaine des cours de tennis aux jeunes hôtes de la structure, qui sont mêlés aux autres enfants des sections juniors.

« L’important n’est pas que ces enfants percent dans le tennis, mais qu’ils retournent un jour dans leur famille » – Michel Amat, coprésident du TCM.

« Le TCM est le seul club sportif avec lequel nous travaillons sur la durée, précise Isabelle Micaud, la directrice du Nid. Les enfants n’y sont pas stigmatisés. Ils y rencontrent des adultes qui les rassurent et les accueillent là où ils en sont. C’est essentiel quand on sait que les liens qu’ils ont pu tisser auparavant avec les adultes n’ont pas toujours été aussi sécurisants. »

À sa création, au milieu du XIXe siècle, cette structure était un lieu d’accueil pour les orphelins du monde agricole de la région. Gérée depuis 1985 par l’association Prado Rhône-Alpes, elle héberge aujourd’hui une douzaine d’enfants âgés de 4 à 12 ans, écorchés par des turbulences familiales importantes. Ses petits pensionnaires n’y demeurent en moyenne jamais moins d’un an. Violences physiques, sexuelles ou psychologiques, problèmes comportementaux, d’alcoolisme ou de toxicomanie des parents, carences éducatives… les situations qui amènent ces enfants à intégrer les locaux du Nid sont aussi diverses que les plaies à cicatriser avant de les placer sur le chemin de la reconstruction.

« L’important n’est pas que ces enfants percent dans le tennis, mais qu’ils retournent un jour dans leur famille, explique Michel Amat, du TCM. L’objectif n’est donc pas purement sportif, mais d’apporter un peu de valeurs humaines, de joie et de cœur à ces gosses qui n’ont pas eu toutes leurs chances d’entrée de jeu. C’est avant tout une histoire de rencontres. » « Il nous a toutefois fallu cerner chaque personnalité et résoudre quelques situations de blocages lorsqu’elles sont apparues, ajoute Thibault Louis-Gavet, qui pilote une équipe de jeunes initiateurs. Nous essayons de nous adapter à eux, d’être à l’écoute, sans trop les chouchouter non plus. Il s’agit de les intégrer tout en fixant des limites. Le tennis est un sport difficile. C’est aussi à nous de les mettre en réussite. »

Pour le Comité de tennis de l’Isère, qui tente de pérenniser depuis 2007 une quinzaine de projets d’éducation ou d’insertion par le tennis, le rapprochement entre le TCM et le Nid a été « exemplaire ». « Chacun a pris le temps de comprendre l’autre et de s’accorder sur la philosophie à transmettre aux enfants », précise Pascal Flamant, qui coordonne le développement des actions du comité isérois. En mai, quelques-uns des pensionnaires du Nid se rendront à Roland-Garros pour la deuxième fois grâce aux bénévoles du TC mandrinois. En 2011, ils y avaient côtoyé Nadal, Federer et Tsonga pour une journée inoubliable.

Benoit Pavan

(Photo : Sylvain Frappat).

Légende photo : Théo, 9 ans (En treillis), lors d’une séance d’entraînement au TC mandrinois.

Publié dans le cahier Sport&forme de l’édition du 24 mars 2012 du quotidien Le Monde.

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