Grenoble veut se relier par téléphérique aux communes du plateau du Vercors


PLANÈTE – Un projet de télécabine de 10 kilomètres de long vise à réduire le trafic automobile entre les villages de montagne et l’agglomération iséroise.

Grenoble, correspondant.

Mis entre parenthèses à la suite de l’échec de la candidature de Grenoble aux Jeux olympiques d’hiver de 2018, le projet de rapprochement entre la ville et les communes du plateau du Vercors, au moyen du transport par câble, est relancé après cinq ans d’atermoiements politiques. La communauté d’agglomération Grenoble-Alpes Métropole (La Métro) vient d’officialiser son intention d’engager, au second semestre 2013, la construction d’une liaison par téléphérique de 10 kilomètres de long, inédite en France, entre le village de Lans-en-Vercors, niché à 1000 mètres d’altitude sur le plateau, et Fontaine, commune de la proche banlieue grenobloise située au pied du massif.

En misant sur cette technologie non polluante et rapide, qui placerait les deux territoires à seulement vingt-neuf minutes d’un trajet en télécabine – contre trente cinq à quarante minutes en voiture hors heures de pointe –, les promoteurs du projet espèrent inciter les 40% de la population active du Vercors travaillant dans le bassin grenoblois, soit près de 5000 personnes, à laisser leur véhicule au garage. La liaison aérienne permettrait de réduire de manière significative les émissions de gaz à effet de serre liées aux trajets automobiles. Chaque jour, en moyenne, quelque 9000 véhicules circulent sur les deux routes de montagne desservant le Vercors au départ de l’agglomération grenobloise.

« Très vigilant ».

« Il s’agit également d’ouvrir davantage la montagne à toute une partie de la population de l’agglomération qui ne s’y rend jamais, en proposant des prix attractifs », précise Marc Baïetto, président (PS) de la Métro. Cette dernière, qui s’est appuyée sur une batterie d’études techniques et financières menées, dit-elle, « par des opérateurs privés prêts à investir », table sur une mise en service dès la fin de l’année 2014. Le coût total du projet serait de 40 à 50 millions d’euros. « Rien, sur le papier, ne s’oppose à une réalisation dans de tels délais. Le tracé du téléphérique ne survole aucune habitation. Nous avons largement dépoussiéré le dossier », estime M. Baïetto. À terme, la ligne pourrait même être prolongée jusqu’à la presqu’île scientifique de Grenoble, où travaille une majorité des actifs du plateau.

Pourtant, rien ne semble encore garantir que des télécabines circuleront un jour entre Grenoble et le Vercors. Pour l’heure, aucun maître d’œuvre ni opérateur capable de financer et d’exploiter le projet n’ont été officiellement désignés. « L’objectif est que toute la partie financière et administrative soit réglée avant fin 2012 », indique M. Baïetto. « La mise en circulation du téléphérique est encore très loin d’être acquise », tempère Olivier Bertrand, conseiller général écologiste délégué aux nouvelles mobilités, pourtant favorable au projet. L’élu déplore une annonce « prématurée et sans étude, essentiellement préélectorale. » « Le financement et l’exploitation par le privé n’ont pas de sens, explique-t-il. Un ticket d’accès très cher ferait fuir les usagers potentiels. Par ailleurs, la loi ne permet pas à la Métro d’opérer en dehors de son périmètre de transports urbains. »

Du côté des élus de la communauté de communes du massif du Vercors (CCMV), et notamment de celles qui, comme Saint-Nizier-du-Moucherotte, accueilleront les infrastructures (Gares, parkings relais, etc.), on se dit « séduit » mais « très vigilant » quant à l’impact du téléphérique sur le plateau. « L’intérêt économique et environnemental est indéniable, estime le maire (PS) de Lans-en-Vercors, Jean-Paul Gouttenoire. Mais c’est aussi l’image du Vercors qui est en jeu. Il doit conserver son identité. »

Benoit Pavan

(Photo : B.P.).

Légende photo : Grenoble compte déjà un des premiers téléphériques urbains du monde, à vocation touristique, qui relie le centre-ville à la colline de la Bastille. Inauguré en 1934, il a transporté 325.000 passagers en 2011.

Publié dans l’édition du 27 mars 2012 du quotidien Le Monde.

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