ÉDUCATION – Enseignants, lycéens et parents d’élèves craignent que la fermeture de l’établissement pour réhabilitation en 2013 ne cache un projet immobilier.

Grenoble, correspondant.

Les « Mounier » ne désarment pas. L’année 2011 a même commencé par une assemblée générale de ces opposants à la fermeture de leur lycée. Lundi 3 janvier, le collectif de soutien au lycée grenoblois Emmanuel Mounier a fait le point sur les négociations menées avant les fêtes de fin d’année avec les représentants du président (PS) de la région Rhône-Alpes, Jean-Jack Queyranne.

L’affaire de ce lycée remonte à la rentrée scolaire de 2010. La région Rhône-Alpes entérine alors, « pour raisons de sécurité », la décision de fermer cet établissement de 835 élèves pour une réhabilitation d’envergure.  Très vite, la polémique enfle. D’autant que le 29 novembre 2010, la région officialise, par un courrier au rectorat, la « déconstruction du bâtiment » dès 2013, et le maintien jusqu’à cette date des seuls élèves scolarisés.

Appuyés par un collectif créé pour l’occasion, une poignée de lycéens, enseignants et parents d’élèves du lycée deviennent rapidement la principale force d’opposition au projet de fermeture progressive de ce bâtiment. Cet établissement public grenoblois n’est pas n’importe lequel. Construit en 1963 à la frontière des quartiers sensibles du sud de la ville, il a été autrefois un véritable laboratoire pédagogique. Aujourd’hui, le Collège lycée élitaire pour tous (Clept) y est administrativement rattaché. Une structure qui permet de lutter contre le décrochage scolaire, d’offrir des solutions à ceux que le lycée classique oublie.

« Pas en avant ».

Les rumeurs les plus folles ont vite couru sur les raisons de cette destruction. Et celle d’une entente tacite entre la région Rhône-Alpes et la municipalité de Grenoble pour libérer ce terrain et laisser le champ libre à un projet immobilier n’a pas été la moins répétée. En fait, aucune partie n’a été épargnée dans la polémique. Ni le rectorat de l’académie de Grenoble, ni la municipalité. Il a même fallu nommer un médiateur pour trouver une issue au conflit. C’était fin décembre 2010.

Ce projet décidé par la région, qui imposait que plus aucun élève nouveau ne s’inscrive dans l’établissement, avait été validé fin novembre par le rectorat afin de vider progressivement, d’ici à 2013, le bâtiment de ses élèves et ainsi pouvoir donner rapidement le coup d’envoi des travaux. Or, d’après les tout premiers éléments du travail de ce médiateur, le principe de la suppression des classes de 2de à la rentrée 2011 pourrait finalement être abandonné. « Les médiateurs sont vraisemblablement parvenus à convaincre la région sur ce point. C’est un réel pas en avant pour le maintien de la communauté pédagogique de Mounier », s’est félicité Jérôme Soldeville, professeur d’histoire au sein de l’établissement et membre du collectif.

Ragaillardis par l’ouverture de cette brèche qui leur est favorable, les « Mounier » réclament désormais que les conclusions de la médiation soient rendues publiques « avant la fin de la semaine ». Il s’agit pour eux de faire vite puisque la répartition des postes d’enseignants va se faire dans les semaines à venir. L’objectif des défenseurs du lycée est bien de « prendre de vitesse le rectorat », accusé au même titre que la région de vouloir passer en force sur ce dossier.

« Les discussions portent désormais sur le nombre de classes de 2de qui pourraient être maintenues, mais également sur l’avenir des brevets de techniciens supérieurs (BTS) qui sont aujourd’hui rattachés au lycée. Rien n’est encore acquis et cette semaine peut s’avérer cruciale pour la suite », a ajouté M. Soldeville.

Dans un communiqué, le recteur de l’académie de Grenoble, Olivier Audéoud, a interpellé la région Rhône-Alpes au sujet de « l’incohérence de la mission du médiateur » et a pointé ses « hypothèses irréalistes », qui entretiennent, selon lui, « de faux espoirs auprès de la communauté éducative du lycée Mounier ».

Benoit Pavan

(Photo : B.P.).

Légende photo : Élèves et enseignants du Lycée Mounier manifestent devant les grilles de l’établissement, fin décembre.

Publié dans l’édition du 5 janvier 2011 du quotidien Le Monde.

L’article en PDF : À Grenoble, le lycée Emmanuel Mounier refuse d’être peu à peu vidé de ses élèves

Lien web : http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/01/04/a-grenoble-le-lycee-emmanuel-mounier-refuse-d-etre-peu-a-peu-vide-de-ses-eleves_1460794_3224.html

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