L’AS Lyon Duchère cultive sa différence à l’ombre de l’OL
FOOTBALL – Le club amateur de ce quartier populaire lyonnais, aux portes du championnat professionnel de National, mise sur ses valeurs sociales pour se faire un nom.
Lyon (Rhône), envoyé spécial.
C’est une anecdote dont seule la Coupe de France a le secret qui a ponctué, dimanche 8 janvier, le parcours de l’AS Lyon Duchère, modeste club d’un quartier sensible niché sur une colline au nord-ouest de la métropole rhodanienne. Éliminés par l’Olympique Lyonnais au terme d’un derby fratricide inédit en compétition officielle (3-1), les amateurs de CFA ont regagné les vestiaires sous les applaudissements des stars du septuple champion de France, qui se sont alignées pour leur offrir une haie d’honneur amicale.
Un clin d’œil qui témoigne des liens tout sauf orageux qui unissent l’OL et le « club des pieds-noirs », ainsi qu’on surnommait l’Association sportive Lyon Duchère lorsqu’elle fut créée, au début des années 1960, sous l’impulsion d’une poignée de rapatriés de la guerre d’Algérie.
Longtemps, le petit club lyonnais, qui a notamment formé quelques pointures du foot français tels Sabri Lamouchi et Éric Abidal, a été contraint de composer avec la mauvaise réputation de ce quartier rongé par la précarité et les incivilités. Une image qui lui colle encore à la peau mais que les épopées en Coupe de France du milieu des années 2000 ont permis d’atténuer. « Les choses évoluent lentement. Des jeunes des communes voisines commencent à venir jouer à La Duchère. Les quelques dérapages persistants sont sans commune mesure avec ce qui a existé auparavant », confie Mohamed Tria, le président du club.
Paradoxalement, c’est sur d’anciennes pépites déchues de l’OL que le club s’est traditionnellement appuyé pour bâtir l’effectif de son équipe fanion. Dimanche, cinq titulaires du onze de départ avaient ainsi été pouponnés sur les pelouses du centre de formation de l’ogre olympien. « La Duchère a toujours été un club où l’on vient rebondir », explique M.Tria. Depuis son arrivée en 2008, celui-ci a fait de l’accès au statut professionnel de l’AS Lyon Duchère, qui postule cette saison à la montée en National, un objectif prioritaire. « Pour cela, il faut des moyens et il est très compliqué d’être visible derrière l’OL », ajoute-t-il.
« Pas qu’un club de foot ».
Aussi proches soit-ils en coulisses, l’Olympique Lyonnais et La Duchère n’ont jamais jugé opportun d’accentuer leurs rapports en nouant des accords sportifs et financiers plus étroits. « Les choses pourraient changer si nous réussissons à accéder en National. L’OL pourrait trouver un intérêt à voir progresser certains de ses jeunes à deux pas de Gerland. Pour l’instant, nous pouvons encore grandir sans être sous perfusion », explique Éric Guichard, entraîneur de La Duchère depuis un an.
« Nous n’avons pas l’ambition d’évoluer sur la même planète. Eux prennent les meilleurs tandis que nous prenons tout le monde. Nous souhaitons conserver ces valeurs. La Duchère, ce n’est pas qu’un club de foot. C’est aussi la première offre sociale du quartier », tranche Mohamed Tria, qui a notamment ouvert le réseau de partenaires de l’AS Lyon Duchère aux collégiens du quartier à la recherche d’un stage pour continuer de faire du club un acteur majeur du tissu social local.
Depuis plusieurs années, La Duchère est le théâtre d’un impressionnant renouvellement urbain. Plusieurs barres d’immeubles ont été détruites. Les abords du stade Balmont, l’antre de l’AS Lyon Duchère, sont envahis par les engins de chantier. Ceux-là même qui ont poussé la préfecture du Rhône à délocaliser le match à Gerland. À quelques mètres des vestiaires, s’érige désormais une immense halle d’athlétisme. Et partout, les immeubles d’un programme d’accès avantageux à la propriété poussent comme des champignons.
Cette semaine, les joueurs d’Éric Guichard vont retrouver l’anonymat de leurs entraînements hebdomadaires. Depuis quelque temps, ils répétaient leurs gammes loin du stade Balmont. À quelques encablures de Tola Vologe, le centre d’entraînement de l’OL.
Benoit Pavan
(Photo : B.P.).
Légende photo : L’entrée des vestiaires du stade Balmont, à La Duchère, mercredi 4 janvier.
Publié dans l’édition du 9 janvier 2012 du quotidien Le Monde.
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